Relire Anatole France

On ne lit plus guère les romans d'Anatole France. C'est grand dommage, à la fois pour réapprendre la maîtrise de notre langue si malmenée et pour les idées que ces ouvrages véhiculent. A propos de ces dernières, voici quelques opinions de Monsieur Bergeret dans le roman Le Mannequin d'osier:

Il me semble bien que ce qu'on appelle le monde est comme le nuage d'or et d'argent suspendu dans l'azur du ciel. Quand on le traverse, on ne voit plus qu'un brouillard. (Chapitre IV)

Vivre c'est détruire. Agir c'est nuire. (Chapitre XII)

Un homme, qui dit tout ce qu'il pense et comme il le pense, est aussi inconcevable dans une ville qu'un homme allant tout nu. (Chapitre XII)

La paix et la guerre dépendent aujourd'hui moins des souverains absolus que de la haute banque internationale, plus puissante que les puissants. (Chapitre XII)

Tous les partis qui se trouvent exclus du gouvernement réclament la liberté parce qu'elle fortifie l'opposition et affaiblit le pouvoir. Pour cette même raison, le parti qui gouverne retranche autant qu'il peut sur la liberté. Et il fait, au nom du peuple souverain, les lois les plus tyranniques. (Chapitre XVII)

Les religions, comme des caméléons, se colorent des teintes du sol qu'elles parcourent. (Chapitre XVII)