En Béarn et Pays Basque

Promenade littéraire et historique

La Villa Arnaga à Cambo

A Oloron-Sainte-Marie, les poètes qui évoquèrent la ville ont droit de cité, tantôt au coin d'une rue, tantôt à l'entrée d'un pont sur le gave. Le promeneur découvre çà et là des stèles en marbre où sont gravés quelques-uns de leurs vers. J'ai relevé, parmi d'autres, le nom de Jules Supervielle (1884-1960) et d'Emile Despax (1881-1915). Saluons cette heureuse initiative d'afficher ainsi la poésie pour la pérenniser!  C'est encore le cas sur le boulevard des Pyrénées, à Pau, où l'on rend hommage à Alfred de Vigny qui y résida en 1824. Il y aurait écrit son célèbre poème Le son du cor. C'est la même année, à Oloron, qu'il rencontra la jeune anglaise Lydia Bunburry qui devint son épouse. Il servait alors au 55ème de ligne.

Orthez fut la capitale du Béarn au temps de son fameux vicomte Gaston Phébus, l'auteur du Livre de chasse, mais aussi de poèmes en langue d'oc. Nous le retrouvons au château de Sauveterre et dans plusieurs bastides de la contrée. C'est à Orthez que vint séjourner Francis Jammes (1868-1938) le délicat poète du Deuil des primevères et des Géorgiques chrétiennes. Sa maison abrite désormais l'association qui porte son nom et présente une exposition de ses oeuvres et de sa vie. Jammes, Béarnais d'origine, dont on vient de publier la correspondance avec le Normand Henri de Régnier, a vécu là une bonne partie de sa vie, avant de décéder dans le Pays Basque à Hasparren.

Si le nombre de visiteurs est réduit chez Francis Jammes, il y a davantage de promeneurs dans la villa Arnaga à Cambo-les-Bains, où résidait Edmond Rostand. Il est vrai que le lieu, doté d'un parc magnifique, attire l'oeil et que l'écrivain bénéficie ici du panache de Cyrano! Chaque pièce de la belle demeure basque offre son lot de curiosités : des meubles, des photos certes, mais aussi des costumes, des manuscrits, sans négliger l'épée et l'habit d'académicien et le "César" offert par G. Depardieu, en mémoire du rôle phare tenu dans le film! Une place de choix est accordée à la pièce Chantecler" qui connut moins la faveur du public que les précédentes (Cyrano et L'Aiglon), mais qui révèle un Rostand, plus poète que dramaturge. Les poèmes de Rosemonde Gérard sont en bonne place. En ce décor privilégié, le biologiste-écrivain, Jean Rostand, fils d'Edmond et de Rosemonde, passa son enfance et prit là le goût de se passionner pour la nature.

Après Saint-Jean-Pied-de-Port, la route sinueuse conduit vers l'Espagne par le col de Roncevaux. Comment, en le franchissant, à l'ombre des rochers impressionnants que tapisse la bruyère, ne pas songer à Roland et au trouvère normand qui composa son épopée. De même la mémoire évoque Alfred de Vigny: "Roncevaux! Roncevaux! Dans ta sombre vallée/ L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée..." (Le son du cor). Le site, solitaire et grandiose, abrite une collégiale et un hôtel pour pèlerins en route vers Compostelle...

Un tout autre décor nous attend au milieu des vignes, pour atteindre la tour de Montaigne, entre Sainte-Foy-la-Grande et Libourne. Le château, rebâti au dix-neuvième siècle, ne se visite pas. Seule la tour médiévale est accessible. On y visite, après avoir gravi quelques marches, la chapelle; puis à l'étage, la chambre; enfin tout en haut, la fameuse "Librairie", là où furent rédigés les Essais. Les sentences latines que Montaigne se plaisait à relire en marchant pour puiser l'inspiration sont toujours lisibles sur les poutres du plafond. C'est un lieu vraiment propice à la méditation et au calme qu'elle exige. D'une fenêtre, on aperçoit le vignoble et le parc.

La poésie et la littérature en général gardent une place de choix dans ce sud-ouest voisin des Pyrénées, mais l'historien peut aussi être comblé. J'ai déjà cité Gaston Phébus, vaillant chevalier et fin diplomate (il épargna à son Béarn les fléaux de la guerre de Cent ans). Impossible d'omettre le bon roi Henri IV, de son château natal à Pau, à toute la région béarnaise où son empreinte est présente. Sa mère, la reine Jeanne d'Albret, a vécu à Navarrenx, une plaque le rappelle sur sa demeure. Au village de Pouy, près de Dax, dans les Landes, est né Saint Vincent de Paul (Son village porte désormais le nom de Berceau de Saint Vincent de Paul). Il est possible encore de suivre le cheminement du couple impérial, Napoléon III et l'impératrice Eugénie, de Pau à Biarritz en passant par Eugénie les Bains. De même à Saint Jean de Luz se visite la maison de Louis XIV et la cathédrale où il épousa Marie-Thérèse d'Espagne. Dans un tout autre registre, à une époque plus contemporaine, sur la route de Navarrenx, une halte s'impose à Gurs Là fut implanté en 1939 un camp d'hébergement destiné aux réfugiés espagnols qui fuyaient le franquisme. Par la suite, le régime de Vichy l'utilisa pour y emprisonner tous ceux qu'il persécutait, notamment les juifs, en collaboration avec les Nazis. Ainsi en ce riant Béarn du Jurançon et des confits d'oie, comme dans la coquette campagne du Pays Basque, le passé revit, tantôt idyllique telle l'eau cristalline qui descend des Pyrénées, tantôt attristé par les drames vécus.

A Oloron-Sainte-Marie
Maison de Francis Jammes à Orthez
Col de Roncevaux dans le brouillard
La tour de Montaigne